
Une photo montre une vue de l’Assemblée nationale à Paris le 10 juin 2024, au lendemain des élections au Parlement européen. / Crédit : GEOFFROY VAN DER HASSELT/AFP via Getty Images
Salle de presse de l'AIIC, 6 juil. 2025 / 10h00 (AIIC).
Un rapport parlementaire français publié le 2 juillet a mis en lumière des cas inquiétants d'abus dans les écoles tout en ravivant un débat national de longue date sur l'équilibre entre le contrôle de l'État et la liberté d'éducation.
Le rapport, résultant d'une enquête de cinq mois sur la violence au sein du système scolaire, propose une série de mesures visant à mieux protéger les mineurs. Cependant, l'accent mis sur les institutions privées catholiques dans le cadre d'un contrat d'État a suscité des inquiétudes quant aux préjugés politiques potentiels et à l'avenir du pluralisme éducatif en France.
L’enquête a été menée par les parlementaires Violette Spillebout, du parti centriste Renaissance du président Macron, et Paul Vannier, du parti d’extrême gauche La France insoumise (LFI).
Bien que le rapport aborde officiellement tous les types d'écoles, une grande partie de son attention est dirigée vers les institutions privées catholiques sous contrat d'État, en particulier celles qui ont des programmes d'internat.
«Dysfonction structurelle»
La commission d'enquête a été créée à la suite de révélations d'abus à Notre-Dame de Bétharram, un internat catholique dans les Pyrénées-Atlantiques (sud-ouest de la France). L'affaire, qui s'étend sur plusieurs décennies, a servi de catalyseur à la réflexion nationale. Le Premier ministre François Bayrou, ancien ministre de l'Éducation qui avait envoyé ses enfants à l'école, a été appelé à témoigner.
L'école de Bétharram est citée dans le rapport comme une étude de cas clé, où des prêtres, des enseignants et du personnel sont accusés d'avoir commis de graves abus physiques et sexuels entre 1957 et 2004.
Les victimes ont décrit des actes d’«une sévérité sans précédent, d’un sadisme absolu». Les législateurs ont qualifié l’école d’«exemple de manuel» du dysfonctionnement structurel de l’État et de son incapacité à prévenir les abus, avertissant que des failles similaires restaient en place aujourd’hui.
Plus largement, le rapport dénonce la violence persistante dans les écoles publiques et privées et cite des décennies de mesures de protection insuffisantes. La présidente de la Commission, Fatiha Keloua Hachi, a décrit l’enquête comme une «plongée profonde dans l’impensable», révélant un silence systémique et une défaillance institutionnelle. Il documente plus de 270 écoles touchées et au moins 80 collectifs de victimes à travers le pays.
Le rapport a également souligné les facteurs culturels et religieux qui ont peut-être contribué au silence institutionnel dans certaines écoles, notamment les structures hiérarchiques rigides et la réticence à remettre en question l'autorité.
La commission a constaté que les enseignants sanctionnés pouvaient parfois être discrètement réaffectés. Il a également souligné l’absence de données nationales sur les cas d’abus et les divergences dans les rapports: Une enquête nationale a estimé à 7 000 le nombre de cas de violence sexuelle en un an, mais seulement 280 ont été officiellement enregistrés en 2023-2024.
En fin de compte, le rapport conclut que le ministère de l'Éducation manque toujours d'outils efficaces pour identifier et traiter les abus et appelle à des réformes structurelles globales.
Parmi les recommandations les plus importantes du rapport figurent l’allongement du délai de prescription pour le signalement des abus, le renforcement de la protection des lanceurs d’alerte et la création d’un nouvel organisme indépendant appelé «Signal Éduc». Il appelle également à la création d’un fonds national d’indemnisation des victimes.
Parmi les autres mesures proposées figurent l'augmentation de la fréquence des inspections, en particulier dans les internats (tous les ans dans les écoles primaires et au moins tous les trois ans dans les collèges et lycées), et la levée du secret professionnel dans les cas d'abus de mineurs de moins de 15 ans, même dans le cadre de confessions religieuses.
Cette dernière proposition, déjà incluse dans le rapport Ciase 2021 sur les abus sexuels au sein de l'Église catholique, est suscitant des inquiétudes dans la hiérarchie de l'Église qui a constamment réaffirmé l'inviolabilité du sceau de la confession.
Le rapport recommande en outre que les établissements privés sous contrat avec l’État soient placés plus directement sous la supervision de la direction générale du ministère de l’éducation et propose de réévaluer le rôle du secrétariat de l’éducation catholique (SGEC), qui supervise plus de 7 200 écoles.
Réponse de l’éducation catholique
Philippe Delorme, secrétaire général du SGEC, qui a fait l’objet d’un examen minutieux de la part du corapporteur Paul Vannier, qui a à plusieurs reprises remis en question sa légitimité et l’a accusé d’entraver le contrôle, a réagi avec prudence au rapport.
Il reconnue son utilité pour faire apparaître les abus et encourager la vigilance tout en exprimant son inquiétude quant à ce qu'il considère comme des tentatives d'éroder la mission distinctive de l'éducation catholique.
«La vie scolaire dans nos établissements n’est pas censée être exactement la même que dans les écoles publiques, car nous jouissons d’une certaine liberté d’organisation», a-t-il déclaré lors d’une réunion du 7 avril. audition avec la commission des affaires culturelles et de l'éducation.
Au cours d'un 19 juin conférence de presse, il a affirmé que le SGEC s’était déjà engagé à vérifier le casier judiciaire de l’ensemble du personnel non enseignant – quelque 80 000 personnes – bien avant la publication du rapport.
En outre, le SGEC a récemment lancé, en mai, leStop aux violencescampagne visant à sensibiliser, à améliorer les stratégies de prévention et à renforcer l’engagement des établissements d’enseignement catholiques en faveur de la sécurité des étudiants.
L’accent mis par le rapport sur les écoles catholiques a suscité un débat, car les critiques reconnaissent la gravité des abus documentés, mais se demandent également si l’accent risque de suggérer un échec systémique unique à l’éducation catholique, malgré des problèmes similaires existant dans le paysage éducatif plus large.
Dans une relation analyse publié dans Le Figaro, la journaliste spécialisée dans l’éducation Caroline Beyer a écrit que le rapport marque «une séquence politique avant tout», l’éducation catholique étant carrément en ligne de mire, et s’est demandé si les recommandations entraîneraient un changement significatif ou serviraient des motifs idéologiques.
Son observation fait écho à des préoccupations plus larges selon lesquelles, si le rapport soulève des questions vitales, il risque de devenir un outil de polarisation des débats autour du rôle des écoles confessionnelles dans la société française.
Ces doutes quant à l’impartialité du document ont été renforcés par le fait que Vannier était déjà l’auteur, en 2024, d’un document hautement critique. rapport sur le financement des écoles catholiques.
L'ancien ministre de l'Enseignement supérieur, Patrick Hetzel, a également accusé le parlementaire d'utiliser l'enquête pour poursuivre un programme idéologique visant à saper la loi Debré de 1959, qui garantit le soutien de l'État aux écoles privées sous contrat. «Avec lui, LFI veut relancer la guerre scolaire», Hetzel raconté Le Figaro, faisant référence aux tensions historiques entre l'éducation laïque et l'éducation confessionnelle en France.
Bien que Violette Spillebout ait insisté sur le fait que leur travail n'était pas guidé par le dogme, mais par le témoignage des victimes et le désir de s'assurer qu'aucun enfant, dans aucun type d'école, ne soit laissé sans protection, la perception d'une attention disproportionnée sur les institutions catholiques reste un point de discorde.
Le rapport intervient dans le cadre des efforts plus larges déployés par le gouvernement français pour étendre le contrôle sur l'éducation. En 2021, l’administration du président Macron a été critiquée pour avoir proposé un interdiction de l'enseignement à domicile, ostensiblement pour lutter contre la radicalisation islamique. Bien qu'adouci avant son adoption, le projet de loi reflétait un changement vers un plus grand contrôle de l'État sur l'éducation.
La publication du rapport a également coïncidé avec un regain d’intérêt pour l’école Stanislas de Paris, une prestigieuse institution catholique faisant l’objet d’une enquête pour présumés non-respect du programme national d’éducation sexuelle ainsi que de la «dérive homophobe et sexiste» et de ses nouveaux cours de culture chrétienne.
Alors qu’il s’agissait d’une inspection de 2023 n'a pas confirmé la discrimination systémique, le ministère de l'éducation a signalé un suivi plus étroit.
