
Une foi tranquille : un voyage au cœur du culte amish
Au cœur de notre monde moderne et trépidant, il existe une communauté de croyants qui suivent un chemin différent. Nous les voyons dans leurs calèches tirées par des chevaux, une procession silencieuse venue d'un autre temps. Nous remarquons leurs vêtements simples, un doux reproche aux modes de l'époque. Ce sont les Amish, et leur mode de vie simple et séparé suscite souvent une curiosité profonde et sincère dans le cœur de leurs frères chrétiens. Nous pouvons nous demander : qui sont ces gens ? Leur foi est-elle comme la nôtre ? Comment nos frères et sœurs amish adorent-ils Dieu, et que peut nous apprendre leur foi tranquille sur notre propre cheminement avec le Christ ?
Ce voyage est une réponse à ces questions sincères. C'est une invitation à regarder au-delà des calèches et des bonnets pour plonger dans l'âme d'un peuple engagé dans une forme radicale de discipulat chrétien. La voie amish n'est pas un accident de l'histoire, mais un choix délibéré, un chemin forgé par des siècles de persécution et un désir profond de vivre les enseignements de Jésus de la manière la plus littérale possible.¹ Pour comprendre comment les Amish pratiquent leur culte, nous devons d'abord comprendre ce qu'ils croient, car chaque pratique, chaque règle et chaque rituel découle d'une foi qui cherche à être dans ce monde, sans être de ce monde.

Quelles sont les croyances fondamentales qui façonnent le culte amish ?
Pour comprendre les pratiques cultuelles uniques des Amish, il faut d'abord saisir les racines profondes de leur foi. Leur vie simple, leur tenue vestimentaire sobre et leur séparation d'avec le monde ne sont pas des coutumes arbitraires ; ce sont les expressions extérieures de quelques croyances fondamentales puissantes, façonnées par des siècles d'histoire et un engagement fort envers une compréhension spécifique du cheminement chrétien.
L'héritage anabaptiste : une foi radicale
L'histoire des Amish ne commence pas dans les terres agricoles de Pennsylvanie ou de l'Ohio, mais au cœur ardent de la Réforme protestante du XVIe siècle en Europe. Ils sont les enfants spirituels d'un mouvement connu sous le nom d'anabaptistes, un nom signifiant « re-baptiseurs » qui leur a été donné par leurs critiques.³ Ces croyants se sont séparés non seulement de l'Église catholique romaine, mais aussi des principaux réformateurs protestants comme Martin Luther et Jean Calvin.⁶
Leurs griefs principaux étaient doubles. Ils rejetaient l'union de l'Église et de l'État, ce qui était une évidence tant pour les catholiques que pour les protestants à l'époque. Ils croyaient que l'Église ne devait pas être une institution imposée par l'État, mais une communauté volontaire de croyants engagés.⁶ Et, plus célèbre encore, ils rejetaient la pratique du baptême des nourrissons. Pour les anabaptistes, le baptême n'était pas quelque chose à faire subir à un bébé inconscient ; c'était une décision consciente et adulte de se repentir et de suivre Jésus-Christ.³
Ces croyances étaient perçues comme profondément dangereuses et hérétiques, une menace pour le tissu même de la société. En conséquence, les anabaptistes ont fait face à une persécution horrible de la part des autorités catholiques et protestantes.⁸ Des milliers ont été torturés et exécutés pour leur foi. Cette histoire de martyre est au cœur de l'identité amish. Elle est préservée dans un livre massif appelé le
Martyrs Mirror, un volume qui relate ces histoires de souffrance et qui est vénéré dans de nombreux foyers amish, juste après la Bible.¹⁰ Cette histoire a forgé en eux la conviction profonde que la véritable Église sera toujours une Église souffrante, séparée des puissances du monde.
La Bible comme guide de vie
Comme les autres chrétiens, les Amish considèrent la Bible comme la Parole inspirée et inerrante de Dieu.¹³ Mais leur approche des Écritures est distincte. Ils accordent une importance beaucoup plus grande au Nouveau Testament en tant que manuel littéral pour la vie quotidienne, en particulier les Évangiles et les enseignements de Jésus dans le Sermon sur la montagne (Matthieu 5-7).¹⁰ Pour les Amish, la foi consiste moins à débattre de doctrines théologiques complexes qu'à accomplir le travail pratique et quotidien du discipulat. La question ultime qui guide leur vie est : « Que signifie suivre Jésus aujourd'hui ? ».¹⁵ Cela les conduit à donner la priorité aux commandements de Jésus d'aimer leurs ennemis, de pardonner à ceux qui leur font du tort, de pratiquer la non-violence et de vivre une vie d'humilité et de paix.¹⁰
Le chemin du salut : la tension entre grâce et œuvres
En apparence, les croyances amish sur le salut semblent familières. Ils affirment les principes fondamentaux de la foi chrétienne : la Trinité, la pleine divinité et humanité de Jésus-Christ, et Sa mort expiatoire sur la croix pour le pardon des péchés.³ Ils croient que le salut est un don de la grâce de Dieu.¹³
Mais sous cette surface réside une tension puissante et difficile. De nombreux Amish vivent leur foi d'une manière qui semble être une relation avec Dieu basée sur les œuvres. Ils croient que leur salut final est incertain et dépend d'une vie entière d'obéissance à l'Église et à son code de conduite non écrit, l' Ordnung.¹⁸ Un point de divergence clé est leur rejet de la doctrine de la « sécurité éternelle », ou l'assurance du salut. Prétendre avec certitude « Je sais que je suis sauvé » est considéré comme un acte d'orgueil et d'arrogance puissants.¹³ Au lieu de l'assurance, ils parlent d'avoir une « espérance vivante » — une confiance humble et permanente que s'ils restent fidèles et obéissants, Dieu, dans Sa miséricorde, leur accordera la vie éternelle.¹⁹
Cette incertitude spirituelle est un thème récurrent dans les témoignages de ceux qui ont quitté la foi amish. Ils parlent souvent d'une peur profondément enracinée et du fardeau constant de ne jamais être assez bon pour mériter le ciel. Vern, un homme qui a grandi chez les Amish, a capturé ce sentiment en se rappelant : « Je ne savais jamais qu'on pouvait savoir qu'on allait au ciel... Que puis-je faire pour être une meilleure personne ? Que puis-je faire pour avoir plus de chances d'entrer au ciel ? Et j'étais si malheureux parce que je ne savais pas ».²⁰
Gelassenheit : le cœur de la spiritualité amish
Le concept le plus important pour comprendre l'âme du culte et de la vie amish est peut-être le mot allemand Gelassenheit. Il n'a pas de traduction anglaise simple, mais il englobe une constellation de vertus : la soumission, l'abandon à la volonté de Dieu, le renoncement à soi, l'humilité, le contentement et un esprit tranquille.¹ C'est la posture spirituelle du « lâcher-prise » et du « laisser-être ».²¹
Gelassenheit est l'opposé polaire de l'individualisme audacieux et affirmé qui est si prisé dans la culture occidentale moderne.¹⁹ C'est la clé théologique qui déverrouille presque toutes les pratiques amish distinctes. Leur tenue vestimentaire simple, leur comportement calme et réservé, leur soumission à l'autorité de la communauté et leur approche prudente de la technologie sont toutes des expressions pratiques de
Gelassenheit. Ce sont des disciplines conçues pour extirper l'orgueil et cultiver un cœur humble et soumis devant Dieu et les autres.²¹
Cette vertu centrale de l'humilité façonne directement leur vision du salut. Une déclaration personnelle et confiante d'être sauvé est perçue comme une violation de Gelassenheit, une expression d'orgueil individuel. Si l'on ne peut pas avoir d'assurance personnelle, alors le chemin vers une « espérance vivante » réside dans la démonstration de sa soumission par une obéissance visible et communautaire. L' Ordnung, les règles de l'Église, devient la norme tangible et mesurable de cette soumission. Par conséquent, les « œuvres » — obéir à l' Ordnung— ne sont pas vues comme une transaction pour gagner le salut, mais comme la preuve nécessaire d'un cœur soumis. Cela crée un système puissant et auto-renforcé où la valeur culturelle de l'humilité façonne la théologie du salut, qui est ensuite appliquée par un code social, conduisant à l'anxiété spirituelle si souvent décrite par les anciens membres.²⁰ Ce n'est pas seulement une position théologique, mais un écosystème culturel et religieux profondément intégré.
| Tableau 1 : Une comparaison des croyances chrétiennes fondamentales | |||
|---|---|---|---|
| Doctrine | Vision amish | Vision évangélique dominante | Vision catholique romaine |
| La Bible | Parole inerrante de Dieu, avec une forte insistance sur le Nouveau Testament comme guide littéral pour la vie.10 | Parole inerrante de Dieu, interprétée par diverses approches herméneutiques. | Parole inspirée de Dieu, interprétée au sein de la Tradition sacrée par le Magistère. |
| le salut | Par la grâce, mais le salut final dépend d'une vie d'obéissance à l'Église (Ordnung).18 | Par la grâce seule, par la foi seule, en Christ seul. | Par la grâce, initiée au baptême, nécessitant la foi et la coopération par les bonnes œuvres. |
| L'assurance du salut | Rejetée comme signe d'orgueil ; on a une « espérance vivante ».17 | Généralement affirmée comme possible et encouragée par la foi dans les promesses du Christ. | Possible par une vie de foi et les sacrements, mais la présomption est un péché ; la persévérance finale est un don. |
| Baptême | Une ordonnance volontaire pour adultes par aspersion, signifiant un engagement à vie envers l'Église.3 | Une ordonnance volontaire pour adultes par immersion, signifiant une identification personnelle à la mort et à la résurrection du Christ. | Un sacrement, généralement pour les nourrissons, qui efface le péché originel et incorpore l'individu dans l'Église. |
| L'Église | Une communauté visible et séparée de croyants qui se tiennent mutuellement responsables par l' Ordnung.6 | Un corps universel de croyants, exprimé dans des congrégations locales avec diverses formes de gouvernance. | Une institution universelle, visible et hiérarchique fondée par le Christ avec la succession apostolique. |

Où et comment les Amish célèbrent-ils leurs services religieux ?
Le culte amish est un puissant reflet de leurs croyances fondamentales. Dépouillé de toute parure et complexité mondaines, c'est un exercice d'humilité, de tradition et de dévotion communautaire. Assister à un service amish, c'est entrer dans une dimension spirituelle différente, où l'accent est entièrement mis sur Dieu et sur le corps des croyants rassemblés.
Les « Amish de maison » : une église sans murs
La grande majorité des Amish de l'Ancienne Ordre ne construisent pas de bâtiments spéciaux pour le culte.² Ils sont souvent appelés « Amish de maison » parce qu'ils tiennent leurs services dans les maisons de leurs membres.¹⁶ Cette pratique est enracinée dans leur conviction que la véritable église n'est pas un bâtiment mais les gens eux-mêmes — le corps vivant du Christ.²⁷ Ils trouvent un soutien biblique à cela dans des passages comme Actes 17:24, qui déclare que Dieu « n'habite pas dans des temples faits de main d'homme ».¹⁶ Cette pratique a également un côté pratique : elle évite les dépenses importantes et le risque d'orgueil associés à la construction et à l'entretien d'un grand bâtiment d'église.²⁷
Les services religieux ont lieu un dimanche sur deux, en alternance dans les maisons des familles d'un district ecclésiastique donné.² Un district est une congrégation géographique, composée généralement de 25 à 35 familles vivant assez près pour se rendre chez les unes et les autres en cheval et en buggy.¹² Les dimanches « sans » culte, les familles sont libres de se reposer, de rendre visite à leurs voisins et parents, ou d'assister aux services dans un district voisin.¹⁶
Un aperçu d'un service dominical amish
Un dimanche de service, la famille hôte se lève tôt pour préparer sa maison. Les meubles sont déplacés d'une grande pièce, d'un sous-sol, ou même d'un atelier ou d'une grange pour faire de la place à la congrégation.² Un « chariot à bancs » spécial, un grand chariot appartenant en commun au district, arrive en transportant de longs bancs en bois sans dossier qui accueilleront jusqu'à 150 personnes.²
Le service lui-même est une affaire solennelle et longue, durant environ trois heures.² Les hommes et les garçons s'assoient dans une section, tandis que les femmes et les filles s'assoient dans une autre, une pratique qui minimise la distraction et souligne leur identité collective en tant que congrégation.² Le service suit un ordre traditionnel et immuable :
- Cantique d'ouverture et court sermon : Le service commence par un cantique, suivi d'un bref sermon d'ouverture prononcé par l'un des ministres ou l'évêque.¹⁶
- Écriture et prière : Un passage de la Bible de Luther en allemand est soit lu à haute voix, soit récité de mémoire. Ceci est suivi d'un moment de prière silencieuse à genoux, où la congrégation s'incline collectivement devant Dieu.¹⁶
- Sermon principal : Un autre ministre prononce le sermon principal, qui peut être assez long et est souvent prêché avec une émotion puissante. Le prédicateur n'est pas confiné à une chaire mais peut se déplacer dans les différentes pièces où la congrégation est assise.² Les messages se concentrent souvent sur le fait de mener une vie juste, l'obéissance à Dieu et la séparation d'avec le monde.²
- Cantiques et clôture : Le service est entrecoupé de plusieurs autres cantiques et se termine par une prière et un chant finaux.²
Toutes les parties du service sont menées dans un mélange unique de langues. Les lectures des Écritures et les cantiques sont en haut allemand, tandis que les sermons et la conversation quotidienne sont en pennsylvanien, un dialecte allemand mélangé à des mots anglais.²
Après le service, la communion spirituelle laisse place à la communion sociale. Les bancs sont rapidement réarrangés pour former de longues tables, et la famille hôte sert un déjeuner simple et léger.² Un repas typique peut consister en du pain, du café, des cornichons, des betteraves rouges, du fromage et de la « pâte à tartiner d'église », un mélange de beurre de cacahuète et de crème de guimauve.² Ce moment de repas et de socialisation est une partie vitale de la journée, renforçant les liens de communauté qui viennent d'être affirmés dans le culte.²
Le son du culte : l'Ausbund
L'une des caractéristiques les plus distinctives d'un service amish est la musique. Il n'y a pas de pianos, d'orgues ou de guitares ; tout le chant est a cappella, sans aucun accompagnement instrumental.² Les cantiques sont chantés à partir de l'
Ausbund, un livre de cantiques simple avec des paroles mais sans notation musicale.¹⁰ Publié pour la première fois en 1564, c'est le plus ancien livre de cantiques chrétien encore utilisé en continu.¹¹ Beaucoup de ses puissants cantiques ont été écrits par des martyrs anabaptistes alors qu'ils attendaient leur exécution dans les prisons du XVIe siècle, et les paroles sont remplies de thèmes de souffrance, de fidélité et d'espoir céleste.¹⁰
Le style de chant est obsédant et surnaturel. Comme il n'y a pas de musique écrite, les airs anciens sont transmis oralement de génération en génération.¹¹ Un meneur de chant commence une ligne, et la congrégation se joint à lui, chantant à l'unisson dans un style très lent, étiré et psalmodié connu sous le nom de
langsame weis (la manière lente).¹⁵ Le rythme est si délibéré qu'un seul cantique peut prendre quinze à vingt minutes à être complété.¹⁵ Ce style de chant est un acte puissant de soumission communautaire. Il n'y a pas de place pour le talent vocal individuel ou l'harmonisation. Cela demande une immense patience et force toute la congrégation à respirer comme un seul homme, à chanter comme un seul homme et à abandonner ses voix individuelles au son collectif. C'est une expression sonore de
Gelassenheit.
Chaque élément du culte amish est une performance ritualisée de cette valeur fondamentale. Adorer dans une maison simple empêche l'extravagance. Les bancs sans dossier sont une forme de renoncement mineur. Le chant lent à l'unisson dépouille l'orgueil personnel. L'expérience entière est méticuleusement conçue pour humilier l'individu et renforcer sa soumission à Dieu et à la communauté.

Qui dirige l'Église amish ?
La structure de leadership de l'église amish est un autre reflet puissant de leurs valeurs fondamentales d'humilité et de soumission. Rejetant le modèle d'un clergé professionnel formé au séminaire, ils ont établi un système où les dirigeants sont choisis parmi le troupeau et en restent membres, garantissant qu'aucun homme ne soit élevé trop haut au-dessus de ses frères.
Un ministère d'humilité : évêque, ministre et diacre
Chaque district ecclésiastique local est guidé par une équipe d'hommes ordonnés qui servent sans rémunération et poursuivent leurs occupations régulières en tant qu'agriculteurs ou artisans.² Cette équipe se compose généralement d'un évêque, de deux ou trois ministres (aussi appelés prédicateurs) et d'un diacre.¹⁶
- La L'évêque sert de pasteur principal. Il a la responsabilité première de la prédication et détient l'autorité pour officier lors des événements les plus sacrés de la vie de la communauté : baptêmes, mariages, services de communion et funérailles.²⁸ Il assure la supervision spirituelle ultime du district.
- La Les ministres partagent la responsabilité de la prédication avec l'évêque lors des services religieux bihebdomadaires.² Avoir plusieurs prédicateurs assure une variété de voix et empêche toute personnalité unique de dominer la chaire.
- La Le diacre a un ministère de soin pratique. Il est responsable de collecter les aumônes (offrandes) données à la fin du service de communion et de distribuer ces fonds aux membres de la communauté qui sont dans le besoin financier ou matériel.²⁹ Il assiste également l'évêque dans les rituels du baptême et de la communion.
Choisis par Dieu : la solennité du sort
Le processus par lequel ces dirigeants sont choisis est une expression puissante de la confiance des Amish dans la direction directe de Dieu. Lorsqu'un poste devient vacant, la sélection n'est pas faite par vote ou nomination mais par le tirage au sort, une pratique qu'ils basent sur la sélection de Matthias pour remplacer Judas dans le livre des Actes (Actes 1:23-26).³
Le processus se déroule en deux étapes. Tous les membres baptisés de la congrégation ont l'opportunité de nommer un homme parmi eux qu'ils estiment qualifié pour la fonction.¹⁶ Quelques semaines plus tard, les hommes nommés sont appelés devant la congrégation. L'évêque prend un certain nombre de livres de cantiques — un pour chaque candidat — et les place sur un banc. À l'intérieur de l'un de ces livres, à l'insu de tous, se trouve un petit morceau de papier contenant un verset biblique, souvent Proverbes 16:33 : « On jette le sort dans le pan de la robe, mais toute décision vient de l'ÉTERNEL ».³
Chaque candidat est invité à choisir l'un des livres de cantiques. Une fois que tous ont fait leur sélection, les livres sont ouverts. L'homme qui a choisi le livre contenant le morceau de papier est considéré comme ayant été choisi non par les hommes, mais par Dieu Lui-même.³ Cette ordination est à vie.¹⁶
Ce processus solennel est intentionnellement conçu pour supprimer l'ambition humaine et l'orgueil de la sélection des dirigeants. Il empêche le ministère de devenir un concours de popularité ou un poste à rechercher.³ L'homme qui est choisi ne peut se vanter de son charisme ou de ses qualifications ; il ne peut qu'accepter humblement le fardeau de responsabilité à vie, non rémunéré et lourd, comme la volonté de Dieu pour sa vie. Ce système garantit que le leadership lui-même devient le test ultime de soumission, renforçant la dépendance du dirigeant envers Dieu et la communauté plutôt que sur sa propre force ou son statut.

Qu'est-ce que l'« Ordnung » et comment guide-t-elle leur vie ?
Pour beaucoup d'étrangers, la vie amish semble être régie par une longue liste de règles étranges et arbitraires. En réalité, ces pratiques sont guidées par un concept unique et puissant : l' Ordnung. Comprendre l' Ordnung est essentiel pour comprendre le cœur de la spiritualité amish et leur manière unique d'être chrétien dans le monde moderne.
Plus que des règles : un plan pour une vie séparée
Ordnung est un mot allemand qui signifie « ordre », « discipline » ou « règlement ».⁴ C'est un ensemble complet de compréhensions — dont la plupart ne sont pas écrites et transmises par la tradition — qui régit presque chaque détail de la vie amish.¹ Ce n'est pas un code légaliste pour lui-même, mais un plan communautaire pour appliquer le principe biblique de séparation d'avec le monde.³¹ C'est leur façon de vivre les commandements de l'Écriture de « ne pas se conformer au monde présent » (Romains 12:2) et de se garder « sans tache du monde » (Jacques 1:27).¹⁸
La Ordnung fonctionne comme une clôture protectrice autour de la communauté, aidant à la protéger de ce que les Amish considèrent comme les influences corruptrices de la société moderne, telles que la vanité, l'avidité et la violence.²⁴ Ce n'est pas un document statique et universel. Les détails spécifiques de l'
Ordnung varient d'un district ecclésiastique à l'autre et sont lentement et soigneusement adaptés au fil du temps à mesure que la communauté considère dans la prière les nouveaux défis et technologies.⁴
La théologie de la simplicité et de la soumission
En son cœur, l' Ordnung est l'outil principal pour cultiver la vertu amish centrale de Gelassenheit (soumission et humilité).²⁴ En régulant des aspects de la vie que les gens modernes considèrent comme des questions de choix personnel, l'
Ordnung cherche à éradiquer systématiquement les péchés d'orgueil, d'envie et de vanité.²⁴
- Vêtements simples : La tenue amish distinctive en est un excellent exemple. La tenue simple prescrite — costumes sombres sans revers, chapeaux à larges bords et bretelles pour les hommes ; robes longues de couleur unie avec capes et tabliers et couvre-chefs pour les femmes — n'est pas un choix de mode. C'est un symbole public de la soumission d'un individu au groupe et un rejet visible de l'orgueil et de la vanité associés à la mode mondaine.¹²
- Technologie : Les célèbres restrictions amish sur la technologie ne naissent pas d'une peur de la modernité, mais d'un désir de préserver la communauté. L'automobile personnelle est interdite car sa mobilité diviserait la communauté, dispersant les familles pour le travail et les loisirs loin de chez elles.³⁴ Le téléphone à la maison est restreint car il interromprait le temps en famille et la communion en face à face.¹
- Éducation : La scolarité formelle des enfants amish se termine généralement après la huitième année.¹ Les Amish croient que ce niveau d'éducation fournit toutes les compétences nécessaires pour une vie d'agriculture, d'artisanat et de travail domestique. Ils craignent que le lycée et l'université n'exposent leurs enfants à des valeurs mondaines comme l'individualisme et l'orgueil intellectuel, qui sont contraires à l'esprit de l' Gelassenheit.¹⁸
Maintenir l'ordre : affirmation et discipline
Un jeune Amish fait le vœu solennel d'obéir à l' Ordnung pour le reste de leur vie au moment de leur baptême d'adulte.³² Cette alliance avec l'église est renouvelée deux fois par an par l'ensemble de la congrégation. Avant les services de communion du printemps et de l'automne, le district tient une réunion spéciale appelée la
Ordnungsgemeinde (service religieux de l'Ordnung).³² Au cours de cette réunion, les règles du district sont passées en revue et chaque membre doit affirmer publiquement son engagement envers elles. Cela garantit que la communauté est en accord unifié avant de participer à la Cène du Seigneur.³ Violer volontairement et à plusieurs reprises l'
Ordnung sans repentance, c'est rompre ce vœu sacré, ce qui peut conduire à une discipline ecclésiastique et, dans les cas les plus graves, à la pratique douloureuse de l'ostracisme (Meidung).²⁴
| Tableau 2 : L'Ordnung : Un guide pour une vie simple | ||
|---|---|---|
| Domaine de la vie | Réglementation commune | Raison théologique/culturelle |
| Vêtements | Vêtements simples de couleur unie ; agrafes au lieu de boutons ; barbes pour les hommes mariés ; couvre-chefs pour les femmes.12 | Favorise l'humilité et l'identité de groupe ; rejette la vanité mondaine. Les boutons et les moustaches étaient historiquement associés aux officiers militaires, ce qui entrait en conflit avec leurs croyances pacifistes.24 |
| Technologie | Aucun raccordement au réseau électrique public ; aucune possession personnelle d'automobile ; utilisation limitée du téléphone (souvent dans une dépendance partagée).34 | Empêche la dépendance vis-à-vis du monde « anglais » ; renforce les liens de la communauté locale ; préserve le temps en famille et les interactions en face à face ; maintient un rythme de vie plus lent.1 |
| Éducation | La scolarité formelle se termine après la huitième année.1 | Fournit les compétences pratiques nécessaires à une vie agraire tout en protégeant les enfants des influences mondaines telles que l'individualisme, la compétition et les idées scientifiques qui peuvent entrer en conflit avec la foi.18 |
| Vie sociale | Pas de pose pour des photographies personnelles ; pas de port de bijoux, y compris les alliances ; pas d'assurance commerciale ni de sécurité sociale.1 | Combat la vanité personnelle (Exode 20:4). Le statut matrimonial est signifié par les barbes et les bonnets, et non par des symboles mondains. Favorise une dépendance totale envers Dieu et l'aide mutuelle de la communauté ecclésiale, plutôt que envers les systèmes extérieurs.1 |

Comment les Amish pratiquent-ils le baptême ?
Au cœur même de la foi amish se trouve le sacrement du baptême d'adulte. C'est le rite central qui les définit en tant qu'anabaptistes et le moment charnière dans la vie de chaque personne amish. Ce n'est pas un rituel pratiqué sur un nourrisson, mais une alliance puissante et volontaire faite par un individu mûr devant Dieu et toute sa communauté.
Le choix d'un croyant : Le cœur de l'anabaptisme
Les Amish, comme leurs ancêtres anabaptistes, accordent une importance suprême au concept du « baptême du croyant ».⁵ Ils rejettent fermement la pratique du baptême des nourrissons parce qu'ils croient, sur la base de leur lecture du Nouveau Testament, que le baptême doit suivre une confession de foi personnelle, un acte qu'un nourrisson est incapable de faire.³
Pour les Amish, le baptême est bien plus qu'un acte symbolique. C'est le moment sacré où un individu rejoint formellement l'église et fait une promesse contraignante et à vie à Dieu et à la communauté rassemblée. Ce vœu inclut l'engagement à renoncer au monde et à vivre dans l'obéissance à l'église et à ses Ordnung pour le reste de leurs jours.³
La plupart des jeunes Amish choisissent de se faire baptiser entre 18 et 22 ans.¹² Cette décision survient souvent après leur période de
Rumspringa (une période de « course » où les jeunes ont plus de liberté pour socialiser et découvrir le monde extérieur), et coïncide fréquemment avec leur désir de se marier.⁵ Comme le mariage au sein de la foi amish n'est autorisé qu'entre membres baptisés de l'église, la décision de s'engager envers un conjoint est inextricablement liée à la décision de s'engager envers l'église.⁵
Instruction et vœux solennels
Avant d'être acceptés pour le baptême, les candidats doivent suivre une période d'instruction. Ces cours sont généralement dispensés pendant plusieurs semaines après les services de communion du printemps et de l'automne.²⁹ Pendant ce temps, les candidats rencontrent l'évêque et les ministres pour étudier les 18 articles de la Confession de foi de Dordrecht, une déclaration de croyance anabaptiste fondamentale écrite en 1632 qui décrit les doctrines fondamentales de la foi.¹⁰
La cérémonie de baptême elle-même est un événement profondément solennel qui a lieu lors d'un service de culte dominical régulier.⁵ Les candidats sont invités à s'agenouiller devant la congrégation tandis que l'évêque pose une série de questions qui changent la vie. Bien que le libellé exact puisse varier légèrement, les vœux incluent généralement ces trois engagements 16 :
- Un vœu de renoncer au diable, au monde pécheur et à ses propres désirs égoïstes.
- Un vœu de se consacrer entièrement à Jésus-Christ et de promettre de vivre et de mourir dans cette foi.
- Un vœu d'accepter la discipline de l'église et d'être obéissant et soumis à ses règles et à son ordre (Ordnung).
À chacune de ces questions puissantes, le candidat doit répondre par un « Oui » clair et résolu.¹⁶
Le rituel simple du baptême
Les Amish pratiquent le baptême par aspersion ou effusion, plutôt que par immersion totale.³ On pense que cette tradition est née pendant la persécution intense du XVIe siècle, lorsque se rassembler à une rivière pour une immersion publique aurait été dangereusement visible. Une aspersion d'eau plus calme et plus simple était plus facile à réaliser en secret.⁵
Une fois les vœux sacrés prononcés, le rituel se poursuit avec une belle simplicité. Le diacre prend une louche ou une tasse, la remplit d'eau d'un seau et la tend à l'évêque. L'évêque place ses mains en coupe sur la tête de chaque candidat agenouillé et laisse l'eau couler sur lui alors qu'il le baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.¹⁶ Après le baptême, l'évêque tend la main aux jeunes hommes nouvellement baptisés, les aidant à se lever et les accueillant dans la communion de l'église avec un saint baiser. L'épouse de l'évêque fait de même pour les jeunes femmes, les accueillant officiellement comme sœurs dans la foi.⁵
Ce moment marque une transition critique dans la vie d'une personne amish. C'est le point de non-retour. Avant le baptême, un jeune qui quitte la communauté fait face à une tristesse sociale mais à aucune sanction religieuse formelle ; il n'a jamais fait le vœu.²⁹ Mais après avoir fait cette alliance publique et à vie, l'individu est à jamais responsable devant l'église. Rompre ce vœu en quittant la foi est considéré comme une grave trahison, c'est pourquoi cela invoque la réponse disciplinaire sévère de l'ostracisme. Dans la vision du monde amish, le baptême est le seuil sacré où la liberté individuelle est volontairement abandonnée pour une adhésion à vie, sous alliance, au corps du Christ.

Que se passe-t-il lors d'un service de communion amish ?
Parallèlement au baptême, le service de communion est l'un des deux rituels les plus sacrés et les plus importants de l'année religieuse amish. Organisé seulement deux fois par an, au printemps et à l'automne, c'est un événement profondément solennel qui dure toute la journée et qui sert de moment puissant de purification spirituelle, de réconciliation communautaire et de réengagement envers la foi.¹⁶
Une observance sacrée : Deux fois par an
Les Amish abordent la Cène du Seigneur avec le plus grand sérieux et la plus grande révérence. Ce n'est pas une observance hebdomadaire ou mensuelle, mais une occasion rare et sainte qui structure tout leur calendrier spirituel.¹² Le service, qui peut durer jusqu'à huit heures, est un moment d'examen de conscience intense, de confession des péchés et de rajeunissement spirituel de toute la communauté ecclésiale.²⁹ La participation est une obligation sérieuse et est réservée aux membres baptisés de l'église qui sont « en paix » avec Dieu et la communauté.¹⁶
Préparer le cœur : L'Ordnungsgemeinde
La préparation à la communion commence deux semaines complètes avant le service lui-même. La congrégation se réunit pour une réunion spéciale réservée aux membres appelée la Ordnungsgemeinde, ou service de « l'église Ordnung ».³⁷ Cette réunion préparatoire du conseil est un moment de nettoyage spirituel pour la communauté. L'évêque passera soigneusement en revue les règles de l'
Ordnung, et un par un, chaque membre de l'église est censé réaffirmer publiquement son vœu de vivre dans l'obéissance à ces normes communautaires.³
Ce processus est conçu pour garantir que la congrégation est dans une unité complète avant d'approcher la table du Seigneur. C'est un moment pour les membres de confesser tout péché caché, de demander pardon et de réparer toute relation brisée avec leurs frères et sœurs.³ Si un membre n'est pas en harmonie avec l'église ou refuse de respecter l'
Ordnung, il n'est pas autorisé à participer à la communion. L'objectif est d'atteindre un état de paix et de pureté communautaires avant de commémorer le sacrifice du Christ.²⁹
Le rituel de communion : Pain, vin et lavement des pieds
Le jour de la communion lui-même est long et exigeant sur le plan spirituel. Il commence par un service de culte matinal standard de trois heures, suivi d'un déjeuner simple.² L'après-midi, la congrégation se rassemble à nouveau pour le service de communion proprement dit.
Après d'autres prédications, prières et le chant d'hymnes allemands solennels, l'évêque prononce un sermon axé sur la passion et la crucifixion de Jésus.³⁷ Ensuite, les éléments sacrés sont distribués. Un simple pain est rompu et un petit morceau est donné à chaque membre. Cela est suivi par du vin (ou dans de nombreuses communautés, du jus de raisin), qui est souvent passé parmi les membres dans une seule coupe commune, un symbole puissant de leur unité dans le corps du Christ.²⁹
Après avoir pris le pain et le vin, la congrégation participe à l'ordonnance du lavement des pieds. Cette pratique a été instituée par le fondateur amish, Jakob Ammann, en 1693, sur la base de son interprétation littérale du commandement et de l'exemple de Jésus dans le chapitre 13 de Jean.⁹ Les membres se mettent par paires selon leur sexe et, avec une grande humilité, ils se relaient pour s'agenouiller afin de se laver et de se sécher les pieds.¹⁶ Cet acte simple et intime est une expression puissante de leur engagement à se servir les uns les autres dans l'amour. Le service se termine par la collecte d'aumônes pour les pauvres, une prière finale et un hymne de clôture.²⁹
Toute la structure de l'observance de la communion révèle sa signification profonde au sein de la foi amish. Le processus commence par le renouvellement de l'alliance horizontale — la relation et la responsabilité du membre envers l'église par le biais de l' Ordnungsgemeinde. Ce n'est qu'après l'établissement de cette paix communautaire que l'alliance verticale — la relation du croyant avec le Christ — peut être célébrée à travers les éléments. Le rituel du lavement des pieds fusionne alors magnifiquement ces deux dimensions : c'est un acte d'obéissance au commandement du Christ (vertical) qui est vécu à travers un humble acte de service envers un autre membre de l'église (horizontal). Pour les Amish, la communion n'est pas simplement un acte personnel de souvenir ; c'est le rituel sacré, bi-annuel, qui dissout les préoccupations individuelles dans le collectif et relie formellement toute la communauté sous la double autorité de l'église et du Christ.

Qu'est-ce que la « Meidung » et pourquoi les Amish pratiquent-ils l'ostracisme ?
Parmi toutes les pratiques amish, aucune n'est plus controversée ou plus douloureuse à envisager que la Meidung, la pratique de l'ostracisme. Pour le monde extérieur, cela peut sembler dur et sans amour. Pourtant, pour les Amish, c'est une pratique religieuse profondément ancrée, enracinée dans leur interprétation des Écritures et leur compréhension de ce qui est nécessaire pour maintenir la pureté et la survie de l'église.
Une discipline d'amour ? Le but de l'interdiction
Meidung, également connue sous le nom de « l'interdiction », est la forme la plus sévère de discipline ecclésiastique, essentiellement une forme d'excommunication.³ Elle est réservée aux membres baptisés de l'église qui ont rompu leurs vœux sacrés en violant de manière persistante l'
Ordnung ou défiant ouvertement l'autorité des chefs de l'église, et qui refusent ensuite de confesser leur péché et de se repentir.¹⁶
L'objectif déclaré de l'ostracisme n'est pas simplement de punir, mais de racheter. Les Amish fondent cette pratique sur leur interprétation des commandements bibliques, comme 1 Corinthiens 5:11, qui demande aux croyants de « ne pas s'associer avec quelqu'un qui porte le nom de frère s'il est coupable d'immoralité sexuelle ou de cupidité, ou s'il est idolâtre, outrageux, ivrogne ou escroc — pas même de manger avec une telle personne ». L'espoir est que cet isolement social et spirituel amènera l'individu égaré à un point de honte et de repentance, le poussant avec amour à revenir à la foi et à la communauté.¹⁶
Le processus douloureux de l'ostracisme
L'application de Meidung varie en sévérité selon les différentes affiliations amish.³ Dans les communautés les plus conservatrices de l'Ancienne Ordre, le bannissement exige une évitement social quasi total. Il est interdit aux membres de l'église de manger à la même table qu'une personne bannie, de faire des affaires avec elle, d'accepter d'être transporté par elle, ou même d'accepter quelque chose passé de sa main.¹
Cette discipline s'étend aux liens familiaux les plus étroits, créant des situations d'une douleur émotionnelle presque inimaginable. Un fils ou une fille adulte banni peut assister à un mariage ou à un enterrement familial, mais sera contraint de manger séparément de ses propres parents et frères et sœurs.³ Un ancien Amish, John Glick, a raconté le moment de son excommunication, lorsque les chefs de l'église lui ont dit de rentrer chez lui seul, tandis que sa femme et ses enfants devaient rester au service, une rupture brutale et immédiate de sa place dans la communauté.⁴³
Histoires de réconciliation et de chagrin
Le bannissement n'est pas nécessairement permanent. Si une personne bannie change d'avis, elle peut faire une confession publique devant la congrégation et, après avoir fait preuve d'une repentance sincère, être pardonnée et pleinement rétablie dans la communion.⁴⁰ Mais pour ceux qui choisissent de quitter définitivement la foi amish, l'ostracisme peut durer toute une vie, créant une rupture permanente et douloureuse avec la famille et la communauté qu'ils ont connues toute leur vie. Delila Glick, la femme de John, a partagé que le fait d'être bannie par sa famille profondément aimée était la partie la plus difficile de leur décision de quitter l'église amish.⁴³
Il est extrêmement important de comprendre que l'ostracisme s'applique seule à ceux qui ont été baptisés. Un jeune Amish qui explore le monde « anglais » pendant son Rumspringa et décide de ne pas rejoindre l'église n'est pas banni. Il est une source de tristesse pour sa famille, mais parce qu'il n'a jamais fait le vœu baptismal, il n'a pas rompu d'alliance et n'est pas soumis au bannissement.²⁹
La pratique de l'ostracisme est le mécanisme d'application ultime pour le collectif amish. Toute la structure sociale est construite sur la suprématie de la communauté sur l'individu. La plus grande menace pour cette structure est qu'un membre décide que sa conscience personnelle est plus importante que les règles du groupe. Meidung est la réponse puissante du système à cette menace. En tirant parti du besoin humain le plus fondamental de famille et d'appartenance, il rend le prix de l'individualisme radical presque insupportablement élevé, assurant ainsi la préservation de l'identité et des traditions de la communauté.

Comment les Amish décident-ils quelles technologies utiliser ?
Une idée fausse courante sur les Amish est qu'ils sont « coincés dans le temps », rejetant toute technologie moderne par simple peur du changement. La réalité est bien plus complexe et révèle une approche profondément intentionnelle et réfléchie des outils de la vie moderne. Les Amish ne sont pas anti-technologie ; ils sont pro-communauté.
Maîtriser la technologie, ne pas en devenir l'esclave
Les Amish ne rejettent pas la technologie purement et simplement ; ils l'évaluent et l'adoptent de manière sélective.³⁴ Leur objectif ultime est de rester maîtres de leur technologie, en veillant à ce qu'elle serve leurs valeurs fondamentales, plutôt que de se laisser devenir esclaves de la commodité et de l'innovation d'une manière qui pourrait éroder leur foi et leur vie communautaire.³⁸
Lorsqu'une nouvelle technologie émerge, elle n'est pas immédiatement acceptée ou rejetée. Au lieu de cela, elle est soumise à une longue et minutieuse période d'observation et de discernement par les chefs et les membres de la communauté. Ils posent des questions difficiles sur son impact potentiel à long terme.³⁹
Les deux grands commandements de la technologie amish
Les analystes qui ont étudié la vie amish ont noté que leurs décisions concernant la technologie semblent être guidées par deux principes principaux, qui reflètent les deux plus grands commandements 39 :
- Est-ce que cela renforce la famille ? La famille est le socle de la société amish. Toute technologie perçue comme éloignant les membres de la famille, réduisant le temps qu'ils passent en communion en face à face, ou introduisant des valeurs mondaines dans le foyer est considérée avec une extrême prudence.
- Est-ce que cela renforce la communauté ? C'est le principe clé derrière leur rejet de la possession d'une automobile personnelle. Les Amish comprennent que la voiture n'est pas intrinsèquement mauvaise, mais ils reconnaissent que sa vitesse et son autonomie altéreraient fondamentalement leur société. Un cheval et une carriole maintiennent la vie locale, garantissant que les membres travaillent, achètent et prient dans une zone géographique soudée, ce qui soutient à son tour le tissu de la communauté locale.¹ Ils craignent qu'avec les voitures, les jeunes ne trouvent facilement des emplois dans des villes lointaines, que la vie sociale ne s'étende au-delà de la et que la communauté ne se fragmente et ne se dissolve lentement.³⁵
Un pare-feu contre le monde
Cette logique de priorité à la communauté conduit à des distinctions qui peuvent sembler déroutantes pour les étrangers mais qui sont parfaitement cohérentes dans la vision du monde amish. Ils créent ce que certains ont appelé un « pare-feu » entre eux et les effets potentiellement perturbateurs de la technologie.³⁵
- Électricité : Les Amish interdisent de connecter leurs maisons au réseau électrique public, car cela représente une connexion littérale et physique avec le monde extérieur dont ils cherchent à être séparés. Mais de nombreuses communautés autorisent l'utilisation d'une alimentation « hors réseau » à partir de batteries, de générateurs ou de panneaux solaires pour des usages spécifiques et approuvés. Cela leur permet d'alimenter les lumières de leurs carrioles pour la sécurité ou de faire fonctionner des outils essentiels pour une entreprise familiale, mais l'énergie reste locale, limitée et sous leur contrôle.³⁴
- Téléphones : Un téléphone à l'intérieur de la maison est considéré comme un canal direct pour l'influence mondaine et une interruption constante de la vie familiale. Mais de nombreux districts autorisent un téléphone partagé à être conservé dans une petite cabane ou une cabine au bout du chemin de la ferme. Cela permet les appels professionnels ou d'urgence nécessaires, mais maintient le « pare-feu », forçant l'utilisateur à être intentionnel concernant l'appel et préservant la maison comme un sanctuaire de calme et de communion.⁴
Dans un monde de distraction constante et de consommation passive des médias, les Amish offrent un modèle puissant de vie intentionnelle. Alors que la plupart des gens demandent à propos d'une nouvelle technologie : « Comment cela rendra-t-il mon la vie plus facile ou plus divertissante ? », les Amish demandent : « Comment cela affectera-t-il nos la vie ensemble ? » En privilégiant la santé de la communauté sur la commodité de l'individu, ils mettent au défi tous les chrétiens de réfléchir plus profondément et plus sérieusement aux outils que nous utilisons, et de discerner lesquels renforcent véritablement les valeurs de foi et de communion, et lesquels peuvent les détruire subtilement.

Quelle est la position de l'Église catholique sur les croyances amish ?
La relation entre les Amish et l'Église catholique romaine est une histoire longue et complexe, qui commence par un conflit violent et ne se dirige, après des siècles de silence, que vers un esprit de respect et de compréhension mutuels. Pour saisir la position actuelle, il faut d'abord apprécier les profondes blessures historiques qui ont séparé ces deux traditions chrétiennes.
Une histoire douloureuse de persécution
Le mouvement anabaptiste, l'ancêtre spirituel des Amish, est né au XVIe siècle en tant que « réforme radicale », se séparant non seulement de l'Église catholique mais aussi du protestantisme traditionnel.³ Leurs croyances fondamentales — en particulier le rejet du baptême des nourrissons et la séparation de l'Église et de l'État — étaient perçues comme une menace puissante pour l'ordre religieux et social de l'époque.⁸
En conséquence, les anabaptistes ont été traqués et brutalement persécutés par les autorités catholiques et protestantes. Des milliers ont été emprisonnés, torturés et martyrisés pour leur foi.⁸ Cette histoire de persécution est un élément fondateur de l'identité amish. Elle est vivement mémorisée et transmise à travers les générations dans des textes religieux clés, tels que le
Ausbund livre de cantiques, qui contient des chants écrits par des martyrs en prison, et le Martyrs Mirror, leur livre massif d'histoires de martyrs. Ces textes, qui contenaient historiquement de forts sentiments anti-catholiques, ont façonné les vues des Amish sur l'Église catholique pendant des siècles.¹¹
Divisions théologiques fondamentales
Au-delà du conflit historique, des différences théologiques majeures continuent de séparer les deux traditions, même si elles partagent une foi commune dans le Dieu trinitaire et l'œuvre salvatrice de Jésus-Christ.¹⁴
- La nature de l'Église : Les catholiques comprennent l'Église comme une institution universelle, visible et sacramentelle établie par le Christ, dont l'unité est garantie par la succession apostolique à travers les évêques en communion avec le Pape. Les anabaptistes, en revanche, voient l'église comme un rassemblement local et volontaire de croyants adultes, séparé de l'État, qui s'engagent ensemble à suivre le Christ.⁶
- Baptême : Le point de conflit original reste une différence clé : la pratique catholique du baptême des nourrissons pour la rémission du péché originel par rapport à l'insistance anabaptiste sur le baptême des adultes, des croyants, comme signe d'engagement conscient.⁸
- L'Eucharistie : Les catholiques croient en la présence réelle du Christ dans l'Eucharistie par la doctrine de la transsubstantiation. Les Amish et d'autres mennonites considèrent la Cène du Seigneur comme une ordonnance et un mémorial puissants, où le Christ est spirituellement présent dans la communauté rassemblée, mais ils ne souscrivent pas à la compréhension catholique des éléments devenant le corps et le sang littéraux du Christ.⁴⁶
- Autorité : Pour les catholiques, l'autorité repose à la fois sur l'Écriture sainte et la Tradition sacrée, telles qu'interprétées authentiquement par le Magistère de l'Église. Pour les Amish, l'autorité repose sur la Bible seule, telle qu'interprétée par la communauté ecclésiale locale.⁴⁷
- Paix et violence : Bien que l'Église catholique ait une forte tradition de paix, elle maintient la théorie de la « guerre juste », qui permet l'utilisation de la force létale par l'État dans des conditions strictes et limitées en dernier recours. Les Amish, en tant que pacifistes, tiennent une position de non-résistance absolue, croyant que la violence est interdite au chrétien en toutes circonstances.⁴⁵
Un voyage moderne vers la guérison et le respect mutuel
Pendant la majeure partie de leur histoire commune, il n'y a eu pratiquement aucun dialogue formel entre l'Église catholique et les traditions anabaptistes.¹¹ Mais au cours des dernières décennies, sous l'impulsion de l'esprit œcuménique découlant du concile Vatican II, cela a commencé à changer.
- Dialogue officiel : Un dialogue international révolutionnaire entre le Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens de l'Église catholique et la Conférence mennonite mondiale a eu lieu de 1998 à 2003. Le rapport final du dialogue, intitulé « Appelés ensemble à être des artisans de paix », a été un effort historique pour dépasser « près de cinq siècles d'isolement et d'hostilité mutuels ». Un objectif principal était la « guérison des mémoires » en relisant ensemble leur histoire douloureuse et en cherchant le pardon.⁴⁷
- Sensibilisation papale : Ces dernières années, les papes ont envoyé des messages aux rassemblements anabaptistes, exprimant un désir de réconciliation. Un message (fictif mais représentatif) du « Pape Léon XIV » à l'occasion du 500e anniversaire du mouvement anabaptiste a exhorté les catholiques et les mennonites à réfléchir sur leur histoire commune avec « honnêteté et gentillesse » et à poursuivre l'« appel à l'unité chrétienne » avec amour.⁴⁸
- Valeurs partagées : Malgré les différences théologiques, de nombreux catholiques expriment aujourd'hui une profonde admiration pour le mode de vie amish. Ils reconnaissent chez les Amish une foi puissante et intégrée, un engagement puissant envers la famille et la communauté, et un témoignage de simplicité qui défie un monde matérialiste.³³ Certains ont même noté les parallèles frappants entre la vie disciplinée, communautaire et agraire des Amish et celle des ordres monastiques catholiques comme les bénédictins.⁵¹ D'un point de vue catholique, bien que l'approche amish de la séparation du monde soit plus radicale, les deux traditions partagent l'appel chrétien fondamental à être « dans le monde, mais pas du monde », discernant comment utiliser les choses créées dans la fidélité à l'Évangile.³³
La relation a connu une évolution lente mais remarquable. Ce qui a commencé comme un conflit violent entre une église d'État et un groupe qu'elle considérait comme hérétique s'est progressivement transformé en un dialogue respectueux entre ce que l'on pourrait appeler des cousins éloignés mais respectés dans le Christ. Ce voyage démontre que même les divisions les plus douloureuses au sein du Corps du Christ peuvent commencer à guérir lorsque l'accent passe de la preuve de qui avait raison dans le passé à la recherche d'un terrain d'entente dans la personne de Jésus et Son appel à tous Ses disciples à être des artisans de paix.

Que pouvons-nous apprendre de la manière de pratiquer le culte chez les Amish ?
Alors que nous terminons ce voyage, il nous reste à nous demander ce que nous, en tant que chrétiens vivant dans le monde plus large, pouvons apprendre de la foi tranquille de nos frères et sœurs amish. Il est facile d'être distrait par les différences extérieures — les carrioles, les bonnets, les barbes. Mais si nous regardons plus profondément, au cœur de leur culte et de leur mode de vie, nous trouvons des leçons spirituelles puissantes et des défis qui peuvent enrichir notre propre marche avec Dieu.
Une foi qui marche : L'intégration de la croyance et de la vie
Peut-être que la leçon la plus puissante et la plus convaincante des Amish est leur intégration transparente de la foi et de la vie quotidienne. Pour eux, la religion n'est pas quelque chose de réservé au dimanche matin. C'est une réalité 24h/24 et 7j/7 où chaque décision — des vêtements qu'ils mettent le matin, aux outils qu'ils utilisent dans l'atelier, à la façon dont ils passent leur temps libre — est un acte religieux conscient et délibéré.² Tout leur mode de vie est un acte d'adoration. Ils nous mettent au défi d'examiner nos propres vies et de demander : à quel point ma foi est-elle intégrée ? Ma croyance en Jésus-Christ façonne-t-elle vraiment et pratiquement mes choix quotidiens sur la façon dont je dépense mon argent, quel divertissement je consomme, comment j'utilise mon temps, et comment je traite ma famille et mes voisins ?
La force de la communauté : un peuple d'entraide
À une époque marquée par un individualisme effréné et la solitude, les Amish offrent un exemple saisissant de la puissance d'une communauté chrétienne véritablement engagée. Ils vivent le commandement biblique de « porter les fardeaux les uns des autres » de la manière la plus pratique qui soit.¹⁰ La construction d'une grange est leur symbole le plus célèbre d'entraide, où toute la communauté se rassemble pour reconstruire les moyens de subsistance d'un voisin en quelques jours.²³ Mais cette éthique du soin imprègne toute leur société, remplaçant le besoin d'assurance-vie commerciale ou de programmes de sécurité sociale gouvernementaux.¹ Ils dépendent de Dieu et les uns des autres. Leur exemple est un rappel puissant de la vision de l'Église primitive dans le livre des Actes et un défi pour nous d'approfondir notre propre engagement envers le corps local des croyants, en allant au-delà de la simple camaraderie pour atteindre une véritable communauté qui porte les fardeaux.
Un témoignage silencieux : le pouvoir de l'humilité et de la patience
Les Amish n'évangélisent pas de la manière dont beaucoup de chrétiens le comprennent. Ils n'envoient pas de missionnaires et ne cherchent pas à convertir les gens du monde « anglais ».⁵² Leur témoignage, c'est leur vie. Dans leur calme, leur humilité, leur simplicité et leur patience puissante — toutes des expressions de
Gelassenheit— ils offrent un témoignage puissant et contre-culturel face au bruit, à l'anxiété et à l'ambition incessante du monde moderne.¹
Bien que nous soyons appelés par la Grande Commission à « aller dans le monde entier et faire des disciples » (Matthieu 28:19-20), les Amish, dans leur séparation radicale, nous rappellent l'appel biblique tout aussi vital d'être un peuple saint, « préservé des souillures du monde » (Jacques 1:27).¹⁸ Ils mettent au défi chaque chrétien de lutter avec l'équilibre difficile entre s'engager dans le monde et en rester distinct ; entre être une lumière
vers dans le monde sans devenir de du monde. Leur cheminement, avec toute sa beauté unique et ses défis puissants, est un appel silencieux mais persistant à nous tous, nous invitant à une marche plus simple, plus profonde et plus réfléchie avec notre Seigneur et Sauveur commun.
Bibliographie :
